Polémique après la fusillade de l’université de Virginie

BLACKSBURG, Virginie (Reuters) - Au lendemain du massacre de 32 personnes à l’université technologique de Blacksburg, en Virginie, les forces de l’ordre et la direction de l’établissement se voient reprocher le fait que le tueur ait pu poursuivre sa macabre entreprise, deux heures après l’avoir entamée.
Interrogé par CNN, Charles Steger, président de l’université de Virginia Tech, décrit mardi le tueur comme un étudiant d’origine asiatique qui résidait sur le campus. Il a retourné son arme contre lui après cette tuerie, apparemment préméditée, dont le bilan est sans précédent dans l’histoire des Etats-Unis.
Son identité et ses mobiles restent inconnus.
La plupart des victimes sont des étudiants qui assistaient au cours dans un bâtiment universitaire dont le forcené avait apparemment condamné les portes à l’aide de chaînes, selon la police.
Quinze personnes ont été blessées, certaines par balles et d’autres en sautant par les fenêtres pour tenter d’échapper aux tirs.
Beaucoup d’étudiants se sont indignés de n’avoir pas été informés du danger pendant les deux heures qui se sont écoulées entre les deux fusillades, puis d’avoir été alertés uniquement par courrier électronique.
"Nous savions qu’il y a avait une fusillade, mais nous pensions qu’elle était circonscrite à un site particulier", a déclaré Steger, justifiant l’absence de mesures d’urgence telles qu’une évacuation ou la fermeture de l’ensemble du campus, fréquenté par plus de 25.000 étudiants.
Les forces de l’ordre, qui ont d’abord laissé entendre que les deux fusillades étaient le fait d’un seul forcené, n’ont pas confirmé cette hypothèse et ont signalé l’existence d’un individu suspect, de sexe masculin, lié aux premiers tirs, et qui n’a pas été arrêté.
"Je ne dis pas qu’il y a un homme armé en liberté", a toutefois souligné Wendell Flinchum, chef de la police du campus.
La première fusillade, qui a coûté la vie à deux personnes dans le West Ambler Johnston Hall, une résidence universitaire où 900 étudiants sont hébergés, a été signalée vers 07h15 (11h15 GMT). La deuxième, plus nourrie, a donc eu lieu deux heures plus tard et 800 mètres plus loin, au Norris Hall, qui abrite la faculté de sciences et une école d’ingénieurs.
"LES ÉCOLES DU PAYS À LA MERCI DES FOUS"
Des témoins avaient déjà décrit le tueur comme un homme de type asiatique d’environ 1,80m vêtu de noir. Sans dire un mot, il est allé calmement de classe en classe pour tirer sur les étudiants et le personnel de l’université à l’aide d’une arme de poing au moins, ont-ils précisé.
"Toutes les victimes présentent de multiples blessures par balles; même le blessé le plus léger a plusieurs blessures. Ce type était là (…) pour tuer ceux avec lesquels il entrait en contact, pas seulement pour utiliser son arme; il était là pour les tuer", a affirmé le Dr. Jospeh Cacioppo, l’un des chirurgiens qui a opéré les blessés.
L’identité des victimes n’a pas été communiquée.
Les chaînes de télévision ont montré des images d’étudiants terrorisés et de policiers emmenant des victimes couvertes de sang.
Ces scènes de cauchemar, huit ans pratiquement jour pour jour après la tuerie du lycée de Columbine, qui a fait 12 morts en 1999 en plus des deux tueurs, ont évidemment relancé le débat sur le port d’armes.
Plus de 30.000 personnes succombent chaque année à des blessures par balles aux Etats-Unis et le nombre d’armes aux mains de particulier est plus élevé que dans n’importe quel autre pays. Un puisant lobby qui défend le droit de posséder des armes est jusqu’ici parvenu à faire obstacle à tout renforcement des contrôles.
Ses représentants ont d’ailleurs jugé que le massacre de lundi plaidait en faveur d’un assouplissement de la législation, plutôt que d’un durcissement.
"Toutes les fusillades qui se sont arrêtées soudainement au cours des dix dernières années ont été stoppées parce qu’un citoyen respectueux de la loi et victime potentielle possédait une arme", a fait valoir Larry Pratt, chef de file des Gun Owners (propriétaires d’armes) of America.
"La dernière, à la Virginia Tech, impose l’abrogation immédiate de la loi sur les zones libres de toute arme qui laisse les écoles du pays à la merci des fous", a-t-il insisté.
L’un des plus graves dangers auxquels les Américains sont confrontés, souligne en revanche l’éditorialiste du New York Times, "vient de tueurs de chez nous équipés d’armes que l’ont peut se procurer avec une terrifiante facilité".



