Rencontre gouvernement-syndicats en Guinée

CONAKRY (Reuters) - Représentants des syndicats et du gouvernement se sont rencontrés jeudi à Conakry pour tenter de mettre fin à la grève générale qui paralyse la Guinée et a conduit le président Lansana Conté, jugé par les syndicats inapte à gouverner, à décréter l’état de siège.

Le calme est revenu dans les rues de la capitale, où patrouillent des militaires fortement armés après l’imposition d’un couvre-feu valable 18 heures sur 24 pour tenter de mettre fin aux violences.

Plus de 110 personnes, presque toutes des civils, ont trouvé la mort depuis le début de la grève générale, le 10 janvier.

Les syndicats récusent la nomination d’Eugène Camara, un proche du chef de l’Etat, au poste de Premier ministre et ont relancé le mouvement.

"Nous dénonçons les abus et le choix du chef du gouvernement", a déclaré Boubacar Biro Barry, membre de la délégation syndicale, à l’issue de la rencontre de jeudi avec des responsables officiels, dont le président de l’Assemblée nationale.

"Nous avons clairement dit que nous ne voulons pas de ce Premier ministre. Ils ont répondu qu’ils allaient voir le président pour en parler", a-t-il dit, ajoutant qu’une nouvelle réunion était prévue samedi.

De son côté, le général Ferfala Camara, chef d’état-major des forces armées guinéennes, a déclaré à la radio nationale: "Nous regrettons les tirs sporadiques émanant d’éléments incontrôlés, parfois en tenue militaire". Il a précisé que les forces de l’ordre continueraient néanmoins à rechercher les chefs de file du mouvement.

L’Union africaine a, après le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, appelé le président Conté, au pouvoir depuis son putsch militaire de 1984, à contenir les excès de l’armée et à respecter l’accord politique de janvier passé avec les syndicats sur la nomination d’un Premier ministre aux pouvoirs étendus.

"Je condamne avec fermeté l’usage disproportionné de la force qui a entraîné la perte de tant de vies humaines en Guinée", écrit le président de la Commission de l’UA, le Malien Alpha Oumar Konaré, dans une lettre au chef de l’Etat guinéen datée du 13 février et dont Reuters a obtenu une version.

"Je demande qu’une enquête soit ouverte pour identifier et traduire en justice les auteurs des tueries".

Il ajoute: "Je suis préoccupé que l’imposition de l’état de siège ne fasse qu’exacerber la violence et débouche sur une instabilité accrue".