Berdimoukhamedov, un Turkmène qui vise la présidence

ACHGABAT (Reuters) - Déjà considéré comme le prochain président du Turkménistan, Kourbagouli Berdimoukhamedov a survécu avec discrétion à dix ans de remaniements ministériels dans un pays singulièrement peu ouvert sur l’extérieur.

Quasiment assuré de succéder dimanche à l’ex-président à vie Saparmourat Niazov, décédé en décembre, Berdimoukhamedov s’est dit prêt à poursuivre son action mais a également promis des réformes qui devraient inaugurer une époque nouvelle.

Cet ancien dentiste de 49 ans a occupé différents postes au ministère de la Santé de l’ex-république soviétique jusqu’en 1997, année où Niazov l’a nommé à la tête du ministère. En 2001, il accédait au poste de vice-Premier ministre chargé de l’Education, des sciences et de la santé.

Durant cette période, il a dû accepter des coupes claires ordonnées par Niazov dans les soins de santé comme dans l’éducation - mesures dont il laisse entendre à présent qu’elles seront en partie annulées.

Niazov, de plus en plus excentrique au fil des années, en était venu à se présenter comme le "Turkmenbachi" (père des Turkmènes), passant commande de statues dorées de sa propre personne et limogeant ses ministres devant les caméras de télévision à un rythme accéléré.

Après la mort de Niazov, Berdimoukhamedov s’est promptement assuré les fonctions de chef de l’Etat par intérim avec le soutien apparent de l’armée et des services de sécurité, passant outre à une disposition constitutionnelle qui confère la charge de l’intérim au président du Parlement.

Il a accepté d’être investi selon un mode tout soviétique par la plus haute instance législative, le Halk Maslakhati (2.800 sièges), comme candidat à la présidence - face à cinq concurrents ayant eu droit à des cérémonies d’investiture beaucoup plus modestes.

"C’était un de nos interlocuteurs réguliers", dit de lui un diplomate en poste à Achgabat. "Lors de ces réunions, il ne se posait pas en grand homme d’Etat, ni même en grand démocrate, mais si ces tendances étaient en lui, il ne serait pas resté longtemps au gouvernement sous Niazov (en les affichant)."

Ce même diplomate note que depuis qu’il est devenu président par intérim, il a continué d’habiter sa maison dans un quartier résidentiel d’Achgabat plutôt que de s’installer sous les ors du palais présidentiel, joyau du programme de reconstruction de Niazov dans cette capitale du désert.

Si les observateurs constatent qu’il a donné peu d’indices de l’orientation qu’il entend donner au Turkménistan et à ses vastes réserves de gaz naturel, certains notent qu’il est en tout cas plus au fait de la vie quotidienne.

"Il vit comme quelqu’un de normal", dit le diplomate. "Il a une grande famille où tout le monde mène des vies normales (…) A mesure que Niazov gagnait en paranoïa, je l’imaginais se cognant la tête dans son palais où il n’avait personne à qui parler."

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